La brevetabilité des protocoles de communication
Richard Duprez, La brevetabilité des protocoles de communication, Propriété Industrielle, LexisNexis, 2020, n°3, p. 39s.
INTRODUCTION
Un protocole de communication forme l’ensemble des conventions nécessaires permettant d’orchestrer des échanges de données entre entités communicantes habituellement distantes, ces entités pouvant être virtuelles ou encore matérielles. Les échanges de données augmentent sans cesse de sorte que les protocoles de communication ont envahi le monde contemporain et il est peu de domaines qui échappent à leur utilisation, notamment avec le développement exponentiel des objets connectés. Dès 2025, le poids de l’Internet des objets dans l’économie mondiale serait susceptible d’atteindre 11%. Utilisant le trafic de données supporté par le protocole de communication internet comme indicateur, les Nations unies considèrent quant à elles que le trafic mondial est passé d’approximativement 100 giga-octets (Go) par jour en 1992 à plus de 45 000 Go par seconde en 2017, et atteindra finalement, propulsé par l’Internet des objets,150 700 Go par seconde en 2022. Face à de telles estimations, il est indéniable que les protocoles de communication forment un élément important de notre économie. La valeur que représente un protocole de communication s’illustre d’ailleurs à bien des égards au sein de notre économie, et il ne fait aucun doute que les entreprises qui tireront leur épingle du jeu seront celles ayant développé les protocoles de communication permettant d’assurer des communications relativement souples, une performance accrue et des communications rapides et fiables. À titre purement illustratif, le fournisseur de services de communication vocale et vidéo Skype en est un exemple marquant. Face à l’engouement qu’a suscité l’utilisation de ce protocole de communication par les internautes, la société propriétaire de Skype a été rachetée par Microsoft le13 octobre 2011pour un montant s’élevant à 8,5milliards de dollars. Aussi, de sorte à parer au risque de détournement ou d’appropriation illicite, on entrevoit clairement la nécessité pour les acteurs de ce secteur de protéger les innovations via le droit des brevets d’invention. L’omniprésence du protocole de communication ne lui ôte pas pour autant sa matérialité sibylline nourrissant la curiosité du juriste et soulève la question de savoir s’il est en mesure d’accéder à la protection offerte par le droit des brevets, si tant est qu’une telle protection accordée pour cet objet particulier soit uniformisée entre le système administratif et le système judiciaire. Or, «ce serait attaquer les droits de l’homme dans leur essence, que de ne pas regarder une découverte industrielle comme la propriété de son auteur». Le protocole de communication offrant quelques difficultés de définition, on commencera par le caractériser, avant de déterminer s’il peut être protégé pour lui-même ou par ses éléments constitutifs.









