par Richard Duprez
•
3 septembre 2020
Richard Duprez, L'application du droit d'auteur au protocole de communication, Communication, Commerce électronique, LexisNexis, N°9. INTRODUCTION Un protocole de communication est constitutif de l’ensemble des règles et conventions nécessaires pour faire coopérer des entités de communication matérielles ou logicielles d’un réseau de télécommunication, en particulier pour établir et entretenir des échanges d’informations entre ces dernières. Les règles et conventions peuvent être caractérisées prima facie de pures méthodes intellectuelles et ne peuvent à ce titre faire l’objet d’une réservation au titre du droit d’auteur. Pour autant, les protocoles de communication sont indéniablement des produits hautement techniques résultant de plusieurs années de recherche et développement. Le travail effectué pour développer des protocoles de communication assurant des fonctionnalités avantageuses afin, par exemple, d’optimiser la rapidité, la fluidité ainsi que la sécurité dans les échanges de données est généralement substantiel. Par conséquent, ce serait attaquer les droits de l’homme dans leur essence, que de ne pas regarder un protocole de communication comme la propriété de son auteur. D’autant plus qu’en tant que vecteur de communications entre différentes entités, les protocoles de communication sont incontournables et font partie intégrante de l’économie numérique dont le poids représente de 4,5 % à 15,5 % du PIB mondial. En considérant les entreprises dont la capitalisation boursière est supérieure à 100 millions de dollars, le secteur des plateformes, dont font notamment partie Amazon, Apple, Google et Microsoft, utilisant de nombreux protocoles de communication représentait plus de 7 000 milliards de dollars en 2017, soit une augmentation de 67 % par rapport à 2015. À lui seul, le protocole de communication Skype fut racheté en 2011 par Microsoft pour un montant de 8,5 milliards de dollars. La start-up française Sigfox proposant un protocole de communication à très bas débit pour l’Internet des objets a généré quant à elle un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros en 2019, soit une hausse de 400 % en seulement 4 ans 7. Pourtant, le législateur français ne fournit aucune indication concernant la possible application du droit d’auteur aux protocoles de communication. La diversité et l’immatérialité des protocoles de communication expliquent les hésitations du monde juridique à les appréhender. Un protocole de communication en tant qu’ensemble de conventions issues de réflexions purement intellectuelles est en effet, pour le juriste, source de nombreux questionnements. Le juriste imagine néanmoins assez naturellement une possible application du droit commun du droit d’auteur aux spécifications techniques constitutives de l’expression écrite d’un protocole de communication et une certaine proximité des logiciels avec les protocoles de communication de sorte qu’il est tenté d’appliquer à ces derniers le régime singulier relatif aux logiciels.